A – CADRE POLITIQUE POUR LA GESTION DURABLE DES FORETS EN AQUITAINE
En Aquitaine, du fait de l'existence d'une forêt privée à 92% et de l'importance économique considérable des filières forêt-bois-papier, la réflexion politique pour la gestion durable est un processus engagé de longue date. Elle est principalement animée par l'interprofession, à laquelle s'associe un secteur de la recherche solidement implanté en Aquitaine et diversifié dans ses programmes d’action.1 – La politique forestière de l'Etat en Aquitaine
Dans le courant de l'année 2000, les premières Orientations Régionales Forestières ORF d’Aquitaine (qui sont les lignes directrices de la politique forestière nationale dans les régions) ont été transmises pour validation au service forestier du ministère de l'agriculture en région SERFOB. Les 3 axes prioritaires de la politique forestière en Aquitaine sont les suivants :2 - La genèse du processus pour la définition et l'évaluation de la gestion durable des forêts
Dès 1996, à la demande de l'interprofession régionale, des groupes de travail ont été constitués pour consulter des experts de tous horizons (scientifiques, universitaires, historiens, économistes) afin de renseigner sur les aspects de l'activité forestière sur le massif Gascon et sur leurs impacts pour le milieu naturel et humain. Les résultats et les analyses de ces consultations ont été présentés lors du colloque organisé par l'Association pour la Recherche sur la Production Forestière et le Bois en Région Aquitaine ARBORA, intitulé " De la gestion au développement durable " et qui s'est déroulé à Bordeaux en novembre 1997.3 - La Charte pour la gestion durable de la forêt des Landes de Gascogne
Dans le contexte de la définition des nouveaux enjeux pour le massif des Landes de Gascogne (gestion des risques liés à la monospécificité, gestion des risques induits par la pression touristique et notamment les feux de forêts, gestion des grands équilibres biologiques sur le long terme, etc.) et dans le cadre de la mondialisation des échanges commerciaux et des demandes sociales et patrimoniales de la forêt, tous les organismes aquitains concernés ont signé la " Charte de gestion durable " en mai 1999. Elle présente l'engagement politique des acteurs des filières forêt-bois-papier, de l’Etat et des associations de protection de la nature d'Aquitaine, dans la gestion durable du massif landais. Cette démarche était largement plébiscitée par les industriels de la seconde transformation, en réponse aux demandes sur le marché international de bois issus de forêts gérées durablement.B – CONSULTATION ET INFORMATION POUR LA GESTION DES FORETS
1 – les processus aquitains de consultation forestière
Pour la rédaction des ORF, aux côtés des établissements publics (SERFOB, DDAF, ONF et CRPF), des représentants de la propriété forestière et des professions sylvicoles, des représentants des professions du bois, et des représentants des intérêts associés à la forêt (Parc Naturel Régional des landes de Gascogne et SEPANSO) ont constitué la Commission Régionale des Produits Forestiers et du Bois. Cependant, les ORF offrent une grande marge de manœuvre pour la gestion des forêts, qu'elles soient privées ou publiques. L'aspect consensuel des ORF constitue davantage une déclaration politique du caractère durable de la gestion pratiquée, qu'une véritable intégration des divers intérêts locaux aux pratiques réalisées en forêt. En effet, l’ONF ne propose pas aux élus des communes concernées, ou encore aux usagers de l’espace à gérer, de participer aux processus de rédaction du document d’aménagement mais ils doivent l’approuver. En forêt privée, les CRPF transcrivent les ORF en SRGS en interne.2 – Les documents aquitains présentant l'importance des activités forêt et bois
C – LES MESURES POUR LA GESTION DURABLE DES FORETS
1 - Les incitations économiques à l'investissement et à la gestion forestière
2 - Les stratégies pour la gestion forestière suite aux tempêtes
En Aquitaine, l'ouragan de décembre 1999 a mis à terre 34 millions de m3, un volume considérable de bois. Une telle calamité a suscité une réflexion de fond sur les orientations de gestion souhaitables pour le massif des Landes de Gascogne. Pour simplifier le débat, 2 orientations se distinguent. Elles peuvent toutes 2 cohabiter à l'échelle du massif. Pour les 2 positions, la fonction de production de bois doit au minimum être maintenue. La première, pilotée par l'AFOCEL, est la réduction de la durée de révolution du Pin maritime, principalement dans les zones où le temps de retour de tempêtes est faible. Cette position peut se résumer par la réalisation d'une sylviculture destinée à la fourniture de bois pour l'industrie de première transformation. Dans le contexte d'une approche marchande de la forêt, la mise en œuvre d'une sylviculture de type intensif (amélioration génétique, densités de plantation plus élevées, apports de fertilisants minéraux, travail mécanique du sol) induit de nombreuses questions quant à la durabilité du système forestier, et notamment sur le bilan azoté. La seconde consiste en la promotion de la biodiversité à l'échelle du massif. L'INRA réalise actuellement un programme de recherche sur le traitement des lisières, et un autre sur l'introduction de feuillus sur le massif. L'objectif guidant ces travaux est la limitation des impacts (inévitables en cas de grands vents), et la répartition des risques sur le massif, dans une approche territoriale de la durabilité. Les débats et les programmes de recherche sont engagés.3 - L'appui aux propriétaires forestiers aquitains
Pour son accompagnement technique, le sylviculteur aquitain dispose d’un grand nombre de techniciens, de publications et de conseillers. Naturellement, il peut compter sur les techniciens du CRPF aquitain. Mais aussi, la puissance économique d'un secteur privé omniprésent en Aquitaine a induit la création d'un organisme de développement parapublic animé par les sylviculteurs, le Centre de la Productivité Forestière d’Aquitaine CPFA. Comme un CRPF, il réalise des documents de vulgarisation technique et des journées de formation auprès des professionnels. Le SYSSO offre à ses adhérents les services d'une équipe de fiscalistes et de juristes Enfin, les coopératives forestières comme la Coopérative Agricole et Forestière Sud Atlantique CAFSA, fournissent également de l’appui technique à leurs adhérents.4 - La défense des forêts contre les incendies
5 - La promotion du bois
Le dynamisme très fort du secteur de l'industrie du bois en Aquitaine permet le développement d'une politique active de promotion de cet éco-matériau dans la région. Le Conseil Interprofessionnel des Bois d'Aquitaine CIBA est l'outil de communication de la filière forêt-bois en Aquitaine. Il participe à de nombreuses initiatives régionales, comme par exemple le développement du processus régional de certification de la gestion durable des forêts. Un certain nombre d'actions plus localisées renseignent également sur le dynamisme de la promotion du matériau bois en Aquitaine. Citons par exemple les activités du district de la Communauté de Communes de Mimizan qui développe un site Internet pour la promotion du bois de Pin maritime du massif Gascon (adresse http://www.mediaforest.net). Egalement, le SYSSO, l'USSE et le CPFA organisent tous les 2 ans en Aquitaine, le salon international des professionnels de la sylviculture et de l'exploitation forestière "Forexpo", qui réunit les acteurs professionnels de la forêt cultivée "de la graine à la grume".6 - La gestion du public en forêt
L'Aquitaine possède une véritable tradition touristique puisqu'elle accueille chaque année près de 5 millions de visiteurs. Autour de la forêt (qui couvre près de 45% de la superficie régionale) se développe une stratégie d'accueil du public, stratégie qui se doit d’avoir le moins d’impact possible sur le milieu naturel. Pour ce qui est du massif des landes de Gascogne, 88% des propriétaires aquitains donnent un accès libre à leurs parcelles. De plus, un réseau dense de pistes cyclables traverse tout le massif. Toutefois, la croissance de la fréquentation touristique de la région entraîne de nouveaux risques pour la gestion durable, ce qui tend à la méfiance des sylviculteurs. La LOF introduit la possibilité de contractualisation de certaines tâches dans le cadre de l'ouverture de la forêt privée au public. Le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne, créé en 1970 et qui couvre plus de 260.000 ha principalement forestiers et privés, développe des activités d'accueil et de sensibilisation du public au thème forestier, notamment par l'intermédiaire de l'écomusée de la Grande Lande. L'ONF aménage les zones d'accueil du public autour des plages (forêts et dunes du domaine) selon un plan d'aménagement, dit Plan-Plage. Il planifie la construction de sites de stationnement pour les véhicules des visiteurs, de sentiers pédestres, de clôtures, d'aires pour la restauration, etc. Enfin, l'Etat, au travers de la Mission Interministérielle d'Aménagement de la Côte Aquitaine MIACA a permis une politique conservatrice des milieux naturels, en limitant le développement des activités humaines sur le littoral aux seules stations balnéaires.7 - La formation professionnelle et le secteur de la recherche/développement
D – LA MISE EN PLACE DU RESEAU NATURA 2000 EN AQUITAINE
En Aquitaine, environ 7.000 ha de forêts privées étaient déclarés en SIC à la fin de l’année 2001. Dans les Pyrénées et sur le cordon littoral, une plus grande surface de forêts domaniales et communales sont cataloguées en SIC. Ces forêts sont déjà aménagées par l'ONF dans le but de remplir des fonctions de protection et de conservation. Le CRPF Aquitaine, en collaboration avec la Direction Régionale de l'Environnement DIREN, a réalisé un guide de reconnaissance de la faune et de la flore et mettra bientôt en place des parcelles expérimentales (vallée du Cirons, vallée de la Leyre) destinées à tester différentes orientations de gestion sylvicoles. Les résultats permettront aux comités de pilotage Natura 2000 de disposer de références scientifiques et pratiques pour la réalisation des documents d'objectifs des sites les concernant. On peut préciser que le CRPF Aquitaine ne participe directement à aucun comité de pilotage Natura 2000, afin de ne pas se retrouver en position délicate. En effet, qu’adviendrait-il dans le cas de l’agrément de PSG alors que dans le même temps le CRPF a reconnu certaines pratiques inadéquates pour les sites Natura 2000 ? Le CRPF Aquitaine joue donc un rôle de conseil pour les propriétaires forestiers participant aux comités de pilotage Natura 2000, un rôle traditionnel de CRPF en quelque sorte. Enfin, comme dans l’ensemble des régions françaises, la mise en œuvre du réseau Natura 2000 en Aquitaine est tumultueuse et difficile.E - CRITERES ET INDICATEURS DE GESTION DURABLE DES FORETS
Afin d'éviter de lisser des diversités locales significatives, il convient de mettre en place des indicateurs infrarégionaux de gestion durable des forêts. Ce principe a été énoncé lors de la conférence de Lisbonne en 1998.1 - L'Observatoire des forêts d'Aquitaine
A l'initiative de la station de recherche de l'INRA de Pierroton en Gironde, la création d'un Groupement d'Intérêt Scientifique GIS dénommé " Observatoire des forêts d'Aquitaine " est actuellement en cours. La mission de l'observatoire est d'établir des diagnostics fiables et complets sur l'état des forêts d'Aquitaine, en rapport avec les critères et indicateurs de gestion durable, ainsi que de suivre les évolutions que connaît le milieu forestier. Il réunit 8 organismes régionaux de recherche et de développement forestier (ONF, INRA, IFN, CEMAGREF, CRPF Aquitaine, CPFA, AFOCEL et DSF). La réunion de tous ces acteurs doit permettre une meilleure efficacité des actions entreprises et une optimisation des coûts engendrés par la collecte d'une information fiable et pertinente.2 - les indicateurs régionaux de gestion forestière en Aquitaine
Le massif des landes de Gascogne a été retenu pour la zone atelier de la région Aquitaine. Plus précisément, il s'agit de la " zone atelier de Pontenx-les-Forges " couvrant 80.000 ha de ripisylve et de plantations de pins maritimes et qui a été choisie à l'échelle d'un bassin-versant. Durant l'été 2001, une étude a été réalisée pour le compte du GIS, afin d'étudier la possibilité de mise en œuvre d'une série d'indicateurs de gestion opérationnels à cette échelle. Elle a permis de préciser les limites des indicateurs jusque là proposés, puisque seuls 41% des indicateurs peuvent être correctement renseignés à l'échelle considérée. Elle a aussi permis de mettre en avant les limites occasionnées par le coût d'une telle opération. Une discussion est actuellement engagée entre les acteurs locaux et le GIS afin de proposer des indicateurs de gestion durable alternatifs et pertinents pour la zone.3 - Une envergure internationale
Les activités réalisées par le GIS " Observatoire des forêts d'Aquitaine " ont pris une envergure internationale avec l’appui de l'Institut Européen de la Forêt Cultivée IEFC. Dans le cadre de l'évaluation des critères et des indicateurs de gestion durable, l'IEFC coordonne le projet de " zones ateliers " à l'échelle du massif forestier du grand sud-ouest de l'Europe. Ce projet sera prochainement soumis au cofinancement européen du projet INTERREG III B Espace Atlantique.F - LA CERTIFICATION DE LA GESTION FORESTIERE DURABLE EN AQUITAINE
1 – L'enjeu de la certification forestière en Aquitaine
Très tôt, comme nous avions pu le préciser, les acteurs professionnels aquitains se sont mobilisés sur le thème de la certification forestière. L'entité régionale aquitaine a vu le jour en octobre 2000. En Aquitaine, l’importance économique du secteur bois est telle, que les propriétaires se doivent de faire face aux défis imposés par la mondialisation des échanges.2 – Le processus pour la certification PEFC en Aquitaine
L'entité aquitaine s'est constituée au sein du Centre Interprofessionnel des Bois d'Aquitaine CIBA, autour des sylviculteurs représentés par leur syndicat, des industriels (par la Fédération des Industries du Bois d'Aquitaine FIBA) et de coopératives forestières comme la CAFSA. En février 2001, l'entité régionale a été agréée PEFC par le comité national. Elle est alors devenue PEFC-Aquitaine. Pour cela, elle a intégré en son sein un collège d’associations de consommateurs et d'usagers (SEPANSO) et d'autres parties pertinentes (Conseil Régional, ARDFCI, etc.).3 – Vers une démarche de qualité globale
On retiendra que la démarche de qualité de la gestion forestière en aquitaine prévoit l'intégration d'un grand nombre d'acteurs professionnels privés. Ceci s'explique par le fait que la forêt aquitaine est privée à 92% et que son développement économique est puissant. Les sylviculteurs (CAFSA, SYSSO), les organismes forestiers publics (CRPF) et les intervenants du secteur privé (FIBA, DSF, DFCI) ont été invités à participer à la démarche. Cette démarche aquitaine constitue un gage de développement durable de la forêt aquitaine, dans le sens où le processus engagé est issu d’une démarche consensuelle, répondant à des caractéristiques locales, et que les responsabilités sont partagées entre les acteurs. RETOUR AU SOMMAIRE